Perspectives sur « La participation au prisme de l’histoire »

(Numéro 3, 2012/2 de Participations)

L’objectif du numéro 3 de Participations était de mettre au jour les points communs entre les questions soulevées par les arènes de délibération du passé et celles de l’heure actuelle. Nous y défendions les vertus d’un « anachronisme contrôlé », pour reprendre la formule de Nicole Loraux, permettant d’interroger les expériences du passé sous un nouveau jour – à partir de questions contemporaines – et de mieux comprendre les dynamiques présentes à l’aune de leur historicité.

À l’occasion de la sortie de ce numéro, la revue a organisé, dans le cadre du séminaire du Centre d’Étude des Mouvements Sociaux (CEMS), une rencontre-débat sur le thème « La participation au prisme de l’histoire », qui s’est tenue le 25 octobre à l’EHESS. Quatre discutants, d’origines disciplinaires diverses, Paul Cary (sociologue), Alain Chatriot (historien), Claire Lemercier (historienne) et Emmanuel Taïeb (politiste), ont à cette occasion, donné leur point de vue sur le numéro, notamment quant à la pertinence d’une comparaison des pratiques délibératives à travers le temps et l’espace. Ils reprennent, dans les textes ci-dessous, leurs propos[1].


Politique ou gestion ? La participation vue du Brésil (Paul Cary)

L’introduction du numéro me semble intéressante et bienvenue pour alimenter la réflexion sur les pratiques délibératives. Je me propose de réagir ici en deux temps. D’abord, en faisant quelques réflexions d’ordre général sur cette introduction, dans les limites d’une certaine méconnaissance, en tant que sociologue, de la méthode historique. Ensuite, comme j’ai notamment étudié des expériences participatives au Brésil, en particulier le budget participatif de Recife (Cary, 2005), en analysant l’expérience de la participation à la brésilienne au regard des différents points soulignés dans la seconde partie de l’introduction (raisons, formes, acteurs et effets de la participation).

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Comparer la parole en sociologie historique (Emmanuel Taïeb)

Ceteris paribus, et Mutatis mutandis. Derrière ces deux locutions se trouvent, de mon point de vue, deux perspectives alternatives de comparatisme historique, et d’une façon générale en sciences sociales. Ceteris paribus (ceteris paribus sic stantibus), « toutes choses égales par ailleurs », renvoie pour le comparatiste au fait d’écarter volontairement de l’analyse certaines des caractéristiques des phénomènes étudiés, qui paraissent différer au point qu’elles pourraient altérer la comparaison, si cet avertissement n’était pas fait. Ce « toutes choses égales par ailleurs » implique donc que l’identité de phénomènes différents n’est pas absolue, et dépend d’un certain contexte qu’il faut indiquer. On est donc en présence d’une perspective comparatiste prudente, d’une « perspective particulariste », car elle pose que la comparaison n’entame pas la spécificité absolue des objets étudiés.

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Prendre les procédures au sérieux (Claire Lemercier)

Comme historienne de la justice, et notamment des formes de participation profanes à la justice, j’ai été particulièrement intéressée par ce numéro. J’ai donc tendance à vouloir pousser plus loin sa lecture dans ce sens – ce qui pourrait faire l’objet d’un autre numéro… Mais auparavant, je voudrais revenir sur l’intérêt plus général qu’il présente en tant que réel travail collectif et interdisciplinaire, et en tant que travail micro-historique.

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Quelques enjeux méthodologiques et historiographiques (Alain Chatriot)

Je voudrais revenir sur trois dimensions. Brièvement d’abord quelques remarques sur la méthodologie et les rapports disciplinaires entre sciences sociales. En deuxième point, j’aborderai les quatre questions qui sont proposées à la fin de l’introduction. Au-delà de leur simplicité apparente, elles constituent un vrai acquis de ce qui apparaît davantage comme un travail collectif qu’une entreprise comparatiste. Enfin, j’essaierai de revenir sur la question des frontières de l’objet.

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[1] Nous remercions l’Institut Universitaire de France pour le financement d’une retranscription intégrale du séminaire. Les textes présentés ici ont été retravaillés par leurs auteurs.

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