Dossier : Critique de la participation et gouvernementalité

Une idée sur le déclin ?

Évaluer la nouvelle critique de la délibération publique

par Luigi Pellizzoni  Du même auteur

      Laurent Vannini  Du même auteur

Resumé

La démocratie délibérative s’est répandue à toute vitesse, sans distinction de tradition politique ou étatique. Un débat s’est développé tout aussi rapidement à propos de ses vertus et limites ; il s’est orienté progressivement de la théorie vers la pratique ; son centre de gravité s’est déplacé des arènes de la délibération vers leur contexte politique et institutionnel ; mais il n’a pas remis en question la nature et les implications fondamentalement bénéfiques de la délibération publique. Néanmoins, il semble que nous soyons aujourd’hui à un tournant. Un nombre grandissant de travaux académiques développe un autre type de critique, plus virulente, au centre de laquelle se trouvent non pas la revitalisation de la démocratie et le rôle joué par les forums délibératifs dans la « nouvelle ère » de la gouvernance, mais la « néolibéralisation de la société », et l’intégration, à l’œuvre dans ce processus, de la démocratie délibérative dans une rationalité de gouvernement. Par conséquent, certaines questions posées depuis longtemps y sont interprétées ou hiérarchisées différemment, tandis que d’autres sont soulevées avec plus d’insistance, notamment celles qui traitent de la politique et « du politique ». Cet article analyse les principaux arguments propres à cette seconde catégorie de travaux, qui font voir « faiblesses » et « désavantages » non pas comme des éléments fortuits et corrigibles, mais comme des qualités en grande partie intentionnelles, et responsables du succès même de la délibération. Néanmoins, plutôt que de souligner le destin tragique auquel serait vouée par nature la démocratie délibérative, cette étude suggère une refonte du programme de recherche qui en a fait son objet.