Dossier : Acteurs et chercheurs de la participation : liaisons dangereuses ?

Les usages de la réflexivité dans l’entreprise participative. Un enjeu identitaire aux implications pratiques, théoriques et marchandes

par Judith Ferrando y Puig  Du même auteur

      Guillaume Petit  Du même auteur

Resumé

Nous interrogeons depuis notre expérience de « praticien-chercheur » et une posture de « praticien réflexif » les usages de la réflexivité dans l’entreprise participative. Nous dénombrons et illustrons à cet égard différentes conduites des chercheurs et praticiens dans le champ de la participation, selon des niveaux de réflexivité dans l’action et la production de savoir. Les usages de la réflexivité constituent une ressource sous contraintes pour des professionnels et des chercheurs selon les contextes où ils se déploient. Ils recouvrent un enjeu identitaire dans le cadre de la professionnalisation aux implications alternativement pratiques, théoriques et marchandes. Notre propos est déterminé par la revendication d’une position singulière dans le champ de la participation que nous proposons de mettre en perspective. La figure du praticien réflexif est aussi celle d’un marginal sécant ou d’un agent de circulation qui peut agir comme un miroir grossissant, mais aussi en partie déformant, pour observer des relations entre pratiques professionnelles, marchandes et scientifiques dans le domaine de la démocratie participative en tant que domaine d’activité, de recherche et de marché. À partir de nos observations dans le domaine professionnel, nous relevons comment les capacités réflexives revendiquées et mobilisées par des praticiens débordent aussi vers des formes de gages de scientificité, d’adaptabilité et d’extériorité, qui ont tant des vertus de monstration que de démonstration. Une tension se joue alors entre exigences contractuelles et réflexivité limitée, qui elle-même s’étire entre deux pôles depuis une réflexivité narcissique qui ne vise que sa propre justification jusqu’à une réflexivité analytique, critique ou normative, support de la prise en charge des impensés de l’offre de participation.

Plan de l’article
  • Introduction : situation d’une réflexion sur la réflexivité
    • L’enjeu identitaire d’une pratique réflexive : ce dont et d’où nous parlons
    • Polysémie et polyphonie de la réflexivité et de ses usages
  • La réflexivité comme posture dans la nébuleuse participationniste
    • Le « praticien réflexif » à la recherche d’un savoir dans la pratique
    • Le « marginal sécant » pourvoyeur de « réflexivité » et de « gage de scientificité »
    • Le lien d’une posture réflexive à une position dans le marché de la participation
  • Être et se dire réflexif : une posture située face aux impensés de la participation
    • Écrire une offre : un équilibre sous contraintes entre démonstration et prestation
    • La formation des agents et des élus à la démocratie participative, occasion d’une double mise en réflexivité
    • Les séminaires de capitalisation : une réflexivité orchestrée au service de la démarche et de la cause des acteurs
  • Conclusion : une nécessaire contextualisation de la capacité réflexive