V. Postface

L’enfant tirant au sort : la « formule de pathos » du hasard en politique ?

par Yves Sintomer  Du même auteur

Resumé

Cet article a recours au concept de « formule de pathos », tel que défini par Aby Warburg (une tension entre une forme et une substance émotionnelle) pour souligner certains points communs entre des pratiques très diverses de sélection aléatoire. L’enfant tirant les sorts peut être considéré comme une « formule de pathos » que l’on retrouve dans quatre ensembles majeurs de pratiques : des formes populaires païennes de divination, leur christianisation dans les « sorts bibliques » et l’élection du pope de l’Église copte, le tirage au sort politique (essentiellement du xiiie au début du xixe siècle), et enfin, les jeux de hasard. L’identification de cette formule de pathos rend possible la découverte d’une série de transferts entre ces différentes pratiques, où le tirage au sort politique a joué un rôle particulièrement notable. Cette formule de pathos nous dit également quelque chose de plus général : même si le tirage au sort a soutenu des logiques très différentes au cours de l’histoire, la logique de l’impartialité, telle qu’elle se révèle dans la figure de l’enfant tirant au sort, semble le trait le plus transversal et se retrouve dans presque tous les exemples empiriques de sélection aléatoire en politique.

Plan de l’article
  • L’enfant tirant au sort, une formule de pathos politique ’
    • Le ballottino vénitien
    • L’insaculación dans les royaumes d’Aragon et de Castille
    • Les pratiques suisses
    • Les ballotines en Angleterre
    • Les colonies américaines
    • Quelle formule de pathos ’
  • Histoires connectées
    • Quatre ensembles de pratiques
    • L’enfant et le sort dans les pratiques séculaires de divination populaire
    • L’enfant et les « sorts bibliques »
    • L’enfant dans les jeux de hasard
    • De l’approche formelle à l’analyse généalogique
  • Conclusion

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