Effets et portée politiques de la mémoire sur ­­l’action publique migratoire locale : le cas de ­­l’accueil des demandeurs et demandeuses ­­d’asile au ­­Chambon-­­sur-Lignon (France)

Par Rafik Arfaoui
Français

Cet article analyse la manière dont la mémoire locale de ­­l’accueil des personnes exilées est mobilisée, contestée et réinterprétée dans le contexte contemporain du ­­Chambon-­­sur-Lignon, commune française emblématique de ­­l’accueil durant la Seconde Guerre mondiale. À partir ­­d’un travail empirique, ­­l’article met en évidence que le rejet de ­­l’accueil dans les espaces ruraux ne ­­s’exprime pas toujours de manière explicite, mais peut prendre des formes plus discrètes, comme ­­l’effacement du présent dans les récits officiels ou le refus ­­d’intégrer les politiques récentes ­­d’accueil dans les comptes rendus institutionnels. Ce cas ­­d’étude invite ainsi à nuancer ­­l’idée, souvent avancée, selon laquelle un ancrage mémoriel local favorise nécessairement la réceptivité envers les personnes en demande ­­d’asile et réfugiées. ­­L’article montre que la mémoire au ­­Chambon-­­sur-Lignon est ­­l’objet de rapports de pouvoir et de tensions entre acteurs et actrices aux visions divergentes : si la municipalité tend à figer la mémoire dans une temporalité passée, ­­d’autres parties prenantes – associations, individus, personnes inscrites dans la sociabilité villageoise – ­­s’approprient et actualisent cette mémoire pour légitimer ­­l’accueil contemporain et contester les discours de rejet. Ces mobilisations mémorielles détournent ainsi le projet initial du Lieu de mémoire, révélant le caractère profondément politique et conflictuel de ­­l’articulation entre mémoire locale et accueil des personnes en exil.

  • Migration
  • Mémoire
  • Réceptivité
  • Espaces ruraux
  • Action publique locale
  • France
Voir l'article sur Cairn.info